Amérique Latine
Web réalisé par Laurent Chouraki © Copyright 1996-2009 Dernières offres


Cité Perdue

La Ciudad Perdida...., un nom qui fait rêver.... Jacques Soustelle m'en avait parlé comme d'un des derniers sites au monde où notre imagination peut se déployer sans entraves : ici, on peut rêver à l'existence des premiers hommes.

Mais il n'y a ni route ni chemin balisé qui mène à Ciudad Perdida. Pour s'y rendre, il faut solliciter l'autorisation du gouvernement et prendre, très tôt le matin, un hélicoptère.

Les plages bordées de cocotiers, les maisons basses, la blanche cathédrale de Santa Marta s'effacent. Comme un vautour s'élevant peu à peu dans les airs, l'hélicoptère décrit des cercles concentriques au dessus des collines couvertes de cactus, puis de lauriers et de bananiers, enfin d'épaisses forêts.

La crête neigeuse de la Sierra Nevada ( pic Bolivar : 5775 m) disparaît derrière les nuages : pyramide isolée des trois cordillères, surgie il y a cent millions d'années au bord de la fosse des Caraïbes, contemporaine des grands reptiles de la fin du tertiaire, seule montagne au monde à voir se déployer sur 40km de rayon tous les climats, toutes les essences - et à loger à la fois des hommes de l'âge atomique et des hommes de l'âge de pierre !
Plus de lauriers ni de myrtes, de palmiers ni de bananiers, mais des ceibos, des fromagers, des cêdres-zambo qui s'élèvent tout droit à 40 m du sol, protégeant du soleil ardent ingas et caoutchoucs. Sous les branches, les merles voisinent avec les perroquets, les loriots avec les éperviers, et les aras rouge sang donnent la réplique aux toucans au bec jaune.

Parfois, un tigron guette écureuils et martres. Vers les quebradas accourent les caïmans, les iguanes les crabes sauteurs, les culebras (dont la redoutable cascabel plus dangereuse que nos vipères). Sous les feuilles du macondo se tapit l'araignée noire dont la piqûre est mortelle.

Nous montons toujours et l'on ne voit que l'impénétrable forêt, grimpant à l'assaut des montagnes. Cà et là, un torrent se glisse entre les arbres, une cascade dégringole entre les rochers. On devine le Rio Buritaca, que surplombe à mi-pente une vaste terrasse circulaire. L'hélico dessine une boucle dans la vallée, puis vient se poser sur l'esplanade dans un dernier grondement d'ailes.
Nous voici sur le seuil de la Ciudad Perdida. L'exquise fraîcheur de l'air (à peine 24°) nous enchante. Pas un bruit. Les 2000 ou 3000 indiens du village ont disparu au XVIIe siècle sans laisser d'autres traces que ces fondations, ces murs , ces terrasses , ces conduites d'eau, ces escaliers de pierre taillés à même la forêt. Rien d'autre, car la jungle et l'humidité - il pleut tous les jours à partir de 13 heures - ont eu raison des outils de bois ou de corne, des objets de culte... et des ossements.

Il y a eu des hommes dans l'Altiplano colombien dix mille ans avant notre ère, mais ceux-ci n'ont colonisé la sierra qu'il y a quinze siècles. Les Taïronas nous ont laissé une céramique à la fois domestique et rituelle, et une orfèvrerie digne du trésor des Scythes.


Au fur et à mesure que nous descendons, de terrasse en terrasse ( il y en a plus de 80) nous émerveillant d'un habitat si bien adapté à l'environnement qu'il fait corps avec la forêt, nous essayons d'imaginer la vie de ces hommes. Quelques-uns - les Kogi ont survécu, et leurs descendants mènent encore , à peu de choses près, la vie que leurs ancêtres menaient il y a mille ans.
Des ethnologues, dont le plus célèbre a été Reichel Dolmatoff, ont étudié leurs moeurs.
Maintenant protégés, ils vivent de chasse, de pêche, de cueillette et d'un peu d'agriculture. Merveilleux coureurs des bois, ils savent relier en une journée, par des chemins connus d'eux seuls, la montagne à la côte, distance que des marcheurs mettent cinq jours à parcourir.

Les nuages s'amoncellent, le vent se lève, il faut reprendre l'hélicoptère. Et la question me poursuit, à laquelle je ne trouve aucune réponse : quelle est la place de ces peuples oubliés, de ces civilisations mortes, dans l'économie divine ? Dans l'ère chrétienne, nous avons adopté une conception unilinéaire de l'histoire : nous la voyons comme une pyramide qui, malgré guerres, famines, régressions, continue de s'élever sous nos yeux. Mais quel rôle attribuer à ces cités enfouies, totalement closes, de l'ère précolombienne ? Je me posais déjà la question, voici trente ans, devant les pyramides mayas du Yucatan : quand nos pères bâtissaient les cathédrales, le sang des victimes coulait sur les autels de Huitzipopotchli, et les prêtres n'en finissaient pas d'ouvrir les poitrines des jeunes hommes pour en offrir le coeur au dieu-jaguar.

Mais les chrétiens du Siècle d'Or se sont-ils beaucoup mieux conduits - incendiant les villages, détruisant les lieux de culte, condamnant au feu, torturant ou réduisant en esclavage les "sauvages" qui refusaient le baptême ? Pourtant, ceux-ci ne leur avaient rien fait , ils ne demandaient qu'à vivre, en accord avec leurs lois, sous la direction de leurs caciques et de leur grand prêtre. Ces êtres nus ne connaissaient ni la roue ni la boussole, mais leurs textes manifestent un sens religieux que nous pourrions leur envier :

Au commencement était la mer,
Il n'y avait ni soleil, ni lune, ni hommes, ni animaux, ni plantes.
La mer n'était ni les hommes , ni les choses, mais elle était la mer de tout ce qui allait venir
L'esprit de ce qui allait croître, elle était la pensée et la mémoire de tout.



Pierre de BOISDEFFRE.
Ancien Ambassadeur de France en Colombie
Crédit Photos : Denis POYER

[Menu Colombie] [Portfolio-Cité perdue] [Quelques liens]

Nostalgiques, consulter l'ancienne présentation de la Colombie


Amérique Latine Destinations Thèmes Evolutions Forum Laurent Chouraki Consultant Sécurité

Colombie : Tourisme, Vol, Billet d'avion : Préparez votre voyage et vos vacances avec Partir.com / Colombie
03/09/2010 04:07 - http://www.partir.com/Colombie/citetx.html
Cogitel Forum Droit et Interprétations